Mère
Vous venez d'apprendre que vous avez fait une grossesse molaire. Vous êtes peut-être sous le choc, perdue, vous cherchez à comprendre ce qui vous arrive. Vous êtes au bon endroit.
La grossesse molaire, qu'est-ce que c'est?
Une grossesse molaire est une complication rare qui survient lors de la fécondation. Au lieu de se développer normalement, les cellules qui auraient dû former le placenta se développent de façon anormale.
Il existe deux types de grossesse molaire : la môle complète, où il n'y a pas de tissu fœtal, et la môle partielle, où un embryon peut avoir commencé à se former mais ne peut pas survivre. Dans les deux cas, une interruption médicale de grossesse est généralement nécessaire. La grossesse ne peut tout simplement pas être menée à terme.
C'est une situation rare qui concerne environ 1 grossesse sur 600 au Québec, ce qui fait que beaucoup de femmes n'en ont jamais entendu parler avant de la vivre elles-mêmes.
Mais sachez que même s'il s'agit d'une condition rare, vous n'êtes pas seule et des milliers de femmes ont vécu, souvent dans le silence, ce que vous vivez en ce moment.
Ce n'est pas de votre faute
Il n'y a rien que vous pouviez faire (ou ne pas faire) pour empêcher la grossesse molaire, il s'agit d'une mutation génétique aléatoire. Ce n'est pas dû à une chute, à votre mode de vie, à une émotion forte ou à une faute quelconque de votre part ou de votre conjoint.
Et après?
La grossesse molaire a ça de particulier qu'elle exige souvent un suivi et parfois des traitements supplémentaires. Généralement, vous aurez des prises de sang hebdomadaires pour vérifier l'évolution de votre taux de bêta-hCG (l'hormone de la grossesse) et s'assurer qu'il redescend à zéro. En effet, il existe avec les grossesses molaires une probabilité qu'une partie de tissu anormal persiste. Cette probabilité est plus élevée avec les grossesses molaires complètes (entre 15 et 20%) et plus faible avec les grossesses molaires partielles (entre 1 et 6%).
Si votre taux de bêta-hCG arrête de diminuer ou bien qu'il remonte, une chimiothérapie peut être envisagée. Bien que ce mot puisse faire peur, sachez qu'il s'agit là d'une chimiothérapie moins intense que ce qu'on entend généralement et que ce traitement n'a pratiquement pas d'effet sur la fertilité future.
C'est tout à fait normal de trouver la situation angoissante, c'est une grosse épreuve que vous vivez.
Une fois que votre taux de bêta-hCG sera redevenu indétectable, votre médecin vous conseillera probablement d'attendre 6 mois avant de concevoir un autre enfant (principalement dans les cas de môles complètes). Pendant ces 6 mois, les prises de sang deviendront mensuelles afin de vérifier que le bêta-hCG ne remonte pas et que tout est rentré dans l'ordre.
Le suivi peut être une source d'anxiété et il est possible que ça rende le processus de deuil plus long, il est donc crucial d'être bien entourée et de ne pas hésiter à demander de l'aide. Vous vivez une épreuve que peu de femmes vivent.
"Quand j'ai compris que je devrais attendre avant de réessayer, j'ai pleuré pendant une semaine. La vie semblait tellement injuste, et ne plus avoir aucun contrôle sur le moment où je pourrais essayer d'avoir un bébé, c'était horrible."
De plus, étant donné que vous étiez enceinte, il n'est pas rare que la chute d'hormones causent des effets similaires à un post-partum. Il est donc normal que vous pleuriez beaucoup, que vous ayez des épisodes de rage voire des symptômes dépressifs. Il se peut aussi que vous ayez des symptômes physiques de post-partum comme les seins douloureux ou de la fatigue. Ces symptômes devraient s'estomper avec le temps. Il est donc primordial que vous preniez du temps pour vous. Votre médecin peut vous délivrer un arrêt de travail au besoin (ainsi qu'à votre conjoint) pour que vous puissiez prendre le temps d'aller mieux. N'hésitez pas à le demander.
Voici des émotions que beaucoup de femmes décrivent :
La culpabilité : l'impression d'être responsable, de ne pas avoir fait attention, d'avoir raté quelque chose, d'être défaillante. Il est important de vous souvenir qu'il s'agit malheureusement d'un événement imprévisible et inévitable. Vous ne pouviez pas le savoir et vous n'avez rien fait pour causer cela.
La tristesse : vous faites le deuil d'un enfant, d'un projet, d'une version de votre vie que vous aviez commencé à imaginer. C'est une perte réelle, même si elle est invisible aux yeux de beaucoup. Il est tout à fait normal de faire le deuil de cet enfant que vous portiez et la tristesse est une partie normale du deuil. Plusieurs femmes ont l'impression de voir leur monde s'écrouler et peuvent avoir besoin de temps pour retrouver leurs repères.
"Mon corps montrait tous les signes d'une grossesse. Dès que j'ai su que j'étais enceinte, l'espoir et le rêve de ce bébé sont nés. Ça n'est pas allé bien loin avant de devenir non viable, mais ce n'est pas la question. Moi je sais que j'ai perdu un bébé."
La colère : il arrive que vous soyez en colère contre votre corps, contre la situation, contre les femmes enceintes que vous croisez, contre les gens qui ne comprennent pas. C'est une réaction normale face à quelque chose d'injuste à laquelle personne n'aurait pu vous préparer.
"Sentir que mon corps avait travaillé contre moi, qu'il m'avait trompée en me faisant croire que j'étais enceinte, ça me rendait folle de rage. J'en voulais à la Terre entière."
La peur : certaines femmes sont terrifiées par l'opération, le suivi, les résultats, la probabilité de chimiothérapie ou de ne plus pouvoir avoir d'enfant. La peur d'une grossesse future. L'incertitude n'est pas une sensation agréable mais en parler peut vous aider à y voir plus clair et à être mieux préparée à la suite.
L'isolement : parce que la grossesse molaire est rare, peu de gens autour de vous en ont entendu parler. Vous pouvez avoir l'impression que personne ne comprend vraiment l'étendue de ce que vous vivez et ne pas avoir la force ou l'envie d'expliquer ce que vous vivez exactement. Ce sentiment est réel, et c'est pour cela que nous existons, pour vous montrer que vous n'êtes pas seule et vous accompagner à travers cette épreuve.
Ce que vous pouvez ressentir
Il y a autant de façons de vivre une grossesse molaire qu'il y a de femmes qui le vive. Certaines sont dévastées, d'autres sont soulagées que ce soit terminé et se sentent coupables de ce soulagement. Certaines pleurent beaucoup, d'autres n'arrivent pas à pleurer du tout et se demandent ce qui ne va pas chez elles. Tout cela est normal, chacun vit les épreuves à sa façon et vous n'avez pas à vous sentir mal de vos réactions.
À cela s'ajoute parfois une modification des comportements. Certaines femmes vont avoir de la difficulté à s'alimenter, ou au contraire, trouver du réconfort dans des aliments qu'elles aiment. Certaines ont de la misère à dormir et se réveillent plusieurs fois par nuit alors que d'autres dorment plus que d'habitude. Il n'est pas rare que des activités auparavant plaisantes deviennent tout à coup sans intérêt. N'hésitez pas à en parler à votre médecin (ou le médecin qui vous suit pour votre grossesse molaire), à nous contacter ou à appeler le 811 pour recevoir l'aide dont vous avez besoin.
Nous sommes là pour vous
Vous n'avez pas à traverser ça seule. Que vous ayez besoin d'information, de parler à quelqu'un qui comprend, ou simplement de vous sentir moins seule, nous sommes là.
Être enceinte après une grossesse molaire
Beaucoup de femmes qui ont vécu une grossesse molaire appréhendent l'idée de retomber enceinte. C'est une réaction tout à fait compréhensible. La bonne nouvelle : la grande majorité des femmes ont une grossesse tout à fait normale après une grossesse molaire, une fois le suivi terminé.
Le risque de vivre une seconde grossesse molaire existe, mais il reste faible, environ 1 à 2 %. Autrement dit, dans la très grande majorité des cas, les grossesses suivantes se déroulent normalement. Pour vous rassurer, votre première échographie prénatale vous sera généralement proposée plus tôt que lors d'une grossesse habituelle. Cela permet de vérifier rapidement que tout se déroule bien et d'apaiser une partie de votre anxiété.
Cela dit, une grossesse après une grossesse molaire peut rester chargée d'émotions. Chaque symptôme, chaque prise de sang, chaque rendez-vous peut raviver des peurs et faire remonter des souvenirs. Ce que vous ressentez est légitime, et il est tout à fait normal d'avoir besoin d'un soutien supplémentaire pendant cette période. N'hésitez pas à en parler à votre équipe médicale, ou à nous écrire, nous sommes là aussi longtemps que vous en aurez besoin.
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